Lorsque j’ai commencé à travailler la résine dans mon univers artistique, je partais de supports existants. J’achetais des statues industrielles que je transformais ensuite par la peinture, le dripping ou l’ajout de textures. J’avais d’ailleurs consacré un article à cette approche : comment transformer un objet industriel en œuvre artistique.
Avec le temps, cette méthode a montré ses limites.
D’abord parce que les modèles disponibles sont forcément restreints. Difficile de trouver l’animal qui correspond exactement à l’idée que l’on aimerait travailler : bien souvent, c’est nous qui devons nous adapter au support.
Et puis, même si chaque artiste développe son propre style rendant les pièces uniques, plusieurs créateurs utilisent les mêmes bases. On ressent alors parfois l’envie de se démarquer davantage.
Enfin, il faut aussi reconnaître que le coût de certaines statues industrielles peut rapidement devenir important, ce qui impacte forcément le prix de vente. Si certaines pièces sont pensées pour être parfaitement uniques, voire réalisées sur mesure et peuvent justifier un haut tarif, on peut aussi avoir envie — notamment dans le cas des animaux en résine — de proposer des collections plus accessibles pour les proposer par exemple en boutique de créateurs locaux. Certes plus cher que la grande distribution, ces espaces essaient tout de même de proposer des produits accessibles au public.
C’est à ce moment-là que la question s’est imposée assez naturellement :
Et si je créais mes propres modèles ?
Créer ses propres sculptures permet de s’affranchir des limites des objets existants.
Les formes, les proportions, les expressions ou encore les attitudes : tout devient personnalisable.
Restant attachée à mon univers animalier, j’ai choisi de continuer à travailler autour de figures animales, mais cette fois-ci conçues directement pour devenir des supports personnels — un peu comme je créais déjà mes pochoirs.
Pour y parvenir, j’ai décidé d’emprunter une voie assez différente de la sculpture traditionnelle : la modélisation et l’impression 3D. Une manière aussi d’assumer mon côté artiste « moderne ». Cette technique me permet de créer des modèles unique lorsque je le souhaite, mais également de répondre à mon envie de créer certaines séries plus accessibles au public.
Ce choix m’a demandé un nouvel apprentissage. Comprendre la modélisation, les volumes, les contraintes d’impression ou encore les réglages des machines est presque un métier en soi.
Mais une fois ces bases acquises, les possibilités deviennent extrêmement larges. Je ne vous explique pas la fierté lorsque j’ai créé mon premier toutou… ou plutôt mon premier buste de chien (pour rester fidèle à mes cadrages de toiles). Une forme que je n’avais tout simplement jamais trouvée en magasin.

Une idée peut désormais passer directement de l’écran à l’objet physique. Bien sûr, il n’y a pas de magie : si l’imprimante permet de dupliquer une création à différentes échelles, il y a avant tout un travail important de modélisation en amont.
La modélisation 3D permet de concevoir un objet dans un environnement numérique avant de lui donner une existence matérielle grâce à l’impression.
Pour autant, même si le processus est numérique, il reste assez proche de la sculpture traditionnelle. On part souvent d’un volume simple — parfois un cube — et petit à petit on le transforme : on le taille, on l’étire, on modifie les formes jusqu’à faire apparaître le modèle souhaité.
Ce processus ouvre un champ créatif très vaste :
L’impression 3D devient ensuite l’étape qui transforme ce fichier numérique en sculpture réelle, qui pourra être retravaillée, préparée et intégrée dans mon processus artistique.

Dans mes sculptures, je conserve volontairement un style inspiré de l’origami, que l’on appelle aussi low poly dans le monde de la modélisation 3D. C’est notamment ce style que l’on retrouvait sur les renards que je travaillais auparavant.
Ce langage visuel repose sur des surfaces facettées, composées de plans géométriques simples. Il crée un rendu à la fois moderne, graphique et minimaliste.
Au-delà de l’esthétique, ce choix présente plusieurs avantages :
Le low poly devient ainsi une base idéale pour venir ensuite intervenir artistiquement sur la sculpture, exactement comme je le faisais auparavant avec des statues industrielles.
Avec la modélisation et l’impression 3D, je ne suis plus limitée par les modèles disponibles dans le commerce.
Chaque sculpture peut désormais être pensée dès le départ comme un support artistique : proportions, attitude de l’animal, équilibre des volumes… tout peut être conçu en fonction du rendu final que je souhaite obtenir.
Cette évolution marque finalement un changement important dans ma démarche :
je ne transforme plus seulement des objets existants, je crée désormais les supports eux-mêmes.
Et dans ce domaine, les possibilités sont presque infinies.